Pépère n°31 – « Dimanche 15 mars : j’irai à la pêche ! »

« Eh oui, chers amis lecteurs : Dimanche 15 mars, j’irai à la pêche ! »
J’entends déjà les commentaires courroucés des farouches défenseurs de la bassecour bien-pensante artemarienne, caquetant à qui veut l’entendre que votre serviteur, si prompt d’habitude à donner des leçons de civisme, serait devenu, soudain, un renégat sans foi ni loi, crachant sur ses plus intimes et patriotiques convictions, à l’image de St Pierre qui, pour sauver sa peau, a renié le Christ à trois reprises !
N’en déplaise à tous ces pisse-vinaigres qui se gargarisent de bons principes le temps d’une élection, je maintiens et j’affirme haut et fort qu’au premier tour des élections municipales, j’irai à la pêche !
Faudra au préalable que je prenne quelques leçons et que j’achète le matériel nécessaire, car je vous avoue humblement que le seul poisson que j’ai attrapé dans toute ma longue vie, pourtant riche et trépidante, était le poisson rouge au regard globuleux de Tata Jacqueline, pour lui changer l’eau de son bocal.
« Mieux vaut tard que jamais » comme dit le proverbe et peut-être qu’à la faveur de cette escapade politico-buissonnière, vais-je me découvrir une passion dévorante, jusqu’à devenir un mordu obsessionnel de l’hameçon et un spécialiste exalté de la pêche au brochet en eau douce.
En effet, mes chers amis lecteurs, à quoi bon se déplacer jusqu’au bureau de vote, ce fameux dimanche 15 mars, pour déposer une enveloppe vide ou un bulletin raturé. Car, et vous l’aurez compris, à Artemare, il n’y aura qu’une seule liste : celle de notre bon Maire !
Dans les conditions particulières où les votes blancs et nuls ne sont pas comptabilisés, il suffira d’un seul bulletin valide pour que notre valeureux édile conserve son fauteuil douillet et confortable. Et je ne doute pas un seul instant que, dans le secret de l’isoloir, à l’abri des regards de ses contemporains, notre bon Maire saura faire le bon choix… du moins pour lui, à défaut de celui de sa commune, appliquant ainsi à son humble personne l’adage bien connu : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ! »
Et, cerise sur le gâteau, l’intégralité de sa liste sera ratifiée, avec, pour résultat, un conseil municipal monocolore composé exclusivement de ses colistiers, par définition attentifs, bienveillants et, disons-le, d’une loyauté exemplaire à l’égard de leur chef.
Bref, un bel exemple harmonieux de disciples studieux conquis à sa cause, lesquels, au garde à vous et le petit doigt sur la couture du pantalon, cautionneront sans broncher et à l’unanimité les décisions et orientations de leur gourou.
Cette absence totale de conseillers d’opposition pose évidemment un sérieux problème de démocratie représentative et de pluralité des opinions. Désormais, les aspirations et les préoccupations d’une large partie des habitants d’Artemare ne seront plus prises en compte.
Cette situation, marquée par une concurrence citoyenne réduite à néant, interroge sur les limites de nos règles institutionnelles. Dans ce cas précis, notre système s’apparente moins à une démocratie vivante qu’à une aimable République bananière, dans laquelle toute opposition est soigneusement muselée, à coups de fusil parfois dans certains pays, à défaut d’arguments moraux et politiques.
C’est pourquoi, au risque de me répéter, dimanche 15 mars, je n’aurai pas le moindre scrupule à aller taquiner la truite ou le brochet et je vous invite cordialement à m’accompagner.
Mais je sens encore, chez certains d’entre vous, une forme de réticence à enfreindre les convenances établies, réminiscence du temps glorieux où le respect des lois républicaines et le devoir civique dictaient les règles de notre vie quotidienne. Les fondations de notre République réputées solides, humanistes et égalitaires, jadis citées en exemple et portées aux nues par l’ensemble des nations, se désagrègent comme le château de sable sapé par les vagues d’une idéologie wokiste et de croyances venues d’autres cultures.
Alors, que reste-t-il aujourd’hui des valeurs traditionnelles « à la Française » quand les sushis remplacent le Pâté-croûte, quand le kebab détrône le sandwich jambon-beurre et que le Big-Mac chasse de nos assiettes la classique Entrecôte- Maître d’Hôtel ?
Que reste-t-il de notre démocratie, quand le foulard islamique s’invite sur les bancs de l’Assemblée nationale, quand des individus « classés S » sont élus députés, quand le drapeau palestinien supplée le drapeau tricolore dans les manifestations et dans nos stades ?
Que reste-t-il de nos racines judéo-chrétiennes, quand, sous couvert de laïcité, les crèches sont chassées de nos édifices publiques, quand la burka côtoie le maillot de bain dans les piscines municipales et quand les « fêtes de Noël » deviennent désormais les « fêtes de fin d’Année » ?
Ainsi, dimanche 15 mars au soir, pendant que je dégusterai, sans scrupule mais avec une fierté toute méritée ma première truite, arrachée aux flots impétueux après un combat aussi intense qu’acharné, Artemare, de son côté consacrera son Maire…
…Le même qui, durant ces six dernières années, aura pratiqué avec une régularité admirable l’art subtil de l’expédition des affaires courantes, qui sera reconduit sans adversaire, sans sueur, sans effort et sans risque, et, surtout, sans avoir eu à défendre son maigre bilan peu flamboyant, ni à esquisser la moindre promesse pour l’avenir de notre commune.
J’ose espérer que, par respect pour les citoyens exclus du casting démocratique, il saura accueillir cette victoire avec la modestie qui sied aux vainqueurs désignés d’avance. Car, comme le rappelle fort justement Corneille :
« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! »
En attendant les jours meilleurs, Prenez bien soin de vous !





